Le cycle des conférences situées
depuis 2023

Initié en 2023, le cycle des « conférences situées » est un ensemble de conférences-performances proposant d'établir un dialogue philosophique et poétique avec une entité naturelle ou artificielle, in situ et sans public, afin de poser autrement les enjeux écologiques actuels et de rouvrir la question du lien au lieu en vue de réhabiter la Terre.
Chaque conférence-performance propose de questionner plus précisément les conditions et les difficultés d'établir un tel dialogue avec ce qui, a priori, ne peut pas dialoguer avec une personne humaine, faute d'un langage commun. La posture anthropocentrée et logocentrée adoptée par la culture occidentale moderne est ainsi remise en question par la figure du conférencier apparemment perdu dans le milieu et enfermé dans la solitude d'un discours absurde. Mais c'est en fait une autre manière de penser, de parler, d'être au monde qui est à l'oeuvre...
La vidéo réalisée pour chaque conférence-performance atteste de cette tentative d'entrer en dialogue avec le non humain. Elle va aussi au-delà d'un constat et d'une archive de performance pour proposer de faire sentir le milieu par une multiplicité de points de vue et d'écoute. Les tensions, les frictions, les conflits, entre le lieu et l'activité humaine, entre le territoire et son aménagement, entre le paysage et sa culture, sont aussi montrées par des plans de coupe hors du champ du conférencier et par l'ambiance sonore. La vidéo réalisée sur place, dans l'énergie du moment, en présence de ce qui anime le lieu, est ainsi le moyen de retisser le lien au lieu avec le public.
Le projet n'est pas de donner une leçon moralisatrice dans un esprit catastrophiste ni de susciter le rire par une posture absurde (bien que volontairement ironique), mais de faire l'expérience sensible et pensive d'une tentative de rétablir le lien au lieu en apportant son corps là où l'habitabilité du monde est concrètement en jeu.
L'unité du cycle de conférences-performances est réalisée par un dispositif identique de conférences en conférences : une table, une chaise, une carafe, un verre, un texte imprimé, un conférencier en costume. La grammaire de l'image reste également stable (plan de face, de dos, de dessus et plans de coupe).
La diffusion de la vidéo se fait soit à l'extérieur et à proximité du lieu en question, soit à l'intérieur dans un lieu culturel ou non culturel (lieu de travail, école, lieu public). Le matériel nécessaire est déterminé en fonction du lieu (projection avec HP ou écran TV avec casque). Des rencontres sur le lieu ou à proximité sont proposées pour sensibiliser aux enjeux écologiques et susciter des rencontres avec des habitant·es, des scientifiques, des philosophes, des historien·es, des juristes, etc. En complément, une diffusion en ligne est proposée pour laisser à un accès libre au public comme dans une conférence publique classique. L'art et la connaissance, surtout sur les enjeux écologiques qui nous concernent toutes et tous, doivent pouvoir circuler le plus possible.
En cohérence avec l'esprit et le contenu des conférences situées, chaque projet est réalisé avec une vigilance particulière pour diminuer son impact écologique, d'où une équipe réduite, un matériel léger et des déplacements limités à la France, ou très exceptionnellement en Europe et dans le monde.
[EN]
Launched in 2023, the "Situated Conferences" series is a collection of performance-lecture series that propose to establish a philosophical and poetic dialogue with a natural or artificial entity, in situ and without an audience, in order to reframe current ecological challenges and reopen the question of our connection to place with a view to reinhabiting the Earth.
Each performance-lecture explores more specifically the conditions and difficulties of establishing such a dialogue with that which, a priori, cannot converse with a human being, due to the lack of a common language. The anthropocentric and logocentric stance adopted by modern Western culture is thus challenged by the figure of the speaker, seemingly lost in the environment and trapped in the solitude of an absurd discourse. But it is, in fact, another way of thinking, speaking, and being in the world that is at work...
The video produced for each performance-lecture bears witness to this attempt to enter into dialogue with the non-human. It also goes beyond mere observation and performance archiving, aiming to evoke the environment through a multiplicity of perspectives and listening experiences. The tensions, frictions, and conflicts between the place and human activity, between the territory and its development, and between the landscape and its culture are also conveyed through cutaway shots outside the speaker's frame and through the soundscape. The video, filmed on location, capturing the energy of the moment and the presence of the elements that animate the place, thus serves to reconnect the audience with the site.
The project is not to give a moralizing lesson in a catastrophist spirit nor to provoke laughter by an absurd (although deliberately ironic) posture, but to experience sensitively and thoughtfully an attempt to re-establish the link to the place by bringing one's body to where the habitability of the world is concretely at stake.
The unity of the lecture-performance cycle is achieved through an identical setup from one lecture to the next: a table, a chair, a carafe, a glass, a printed text, and a lecturer in costume. The visual grammar also remains consistent (front, back, top, and cutaway shots).
The video is shown either outdoors and near the location in question, or indoors in a cultural or non-cultural setting (workplace, school, public space). The necessary equipment is determined based on the location (projection with speakers or TV screen with headphones). Meetings at or near the location are organized to raise awareness of environmental issues and foster encounters with residents, scientists, philosophers, historians, legal experts, and others. In addition, an online version is offered to provide free public access, similar to a traditional public lecture. Art and knowledge, especially regarding the environmental issues that concern us all, must be able to circulate as widely as possible.
In keeping with the spirit and content of these site-specific lectures, each project is carried out with particular care to minimize its environmental impact. This results in a small team, lightweight equipment, and travel limited to France, or very rarely to Europe and the rest of the world.
Conférences situées - #1 Conférence à Charentes, 2023
Conférence donnée à Cognac (France) le 17 Décembre 2023 dans le cadre d'une résidence de recherche à la Fondation Martell.
Texte et performance : Ludovic DUHEM
Cadrage, montage et mixage : Sébastien DUHEM
Production : Fondation Martell
« Conférence à Charentes » est la vidéo d'une conférence-performance réalisée le 17 Décembre 2023. Durant une dizaine de minutes, on le voit sur un radeau au moment d'une crue historique du fleuve Charente à Cognac en France.
Le philosophe est assis sur une chaise, devant une table, avec un texte, une carafe d'eau et un verre, dans la situation caractéristique d'une prise de parole publique. Mais contrairement à une conférence classique, il n'est pas question de s'adresser à une audience humaine dans une institution du savoir comme dans un amphithéâtre d'université ou dans un musée. La conférence est donnée in situ, sans public, et au fleuve lui-même.
La Charente est ainsi considérée comme une "personne" ou plus justement comme un sujet collectif non-humain auquel il s'agit de s'adresser sans que l'on sache comment faire, à commencer par son nom et par le langage que l'on utilise pour lui parler ; ni si une telle parole sera entendue par le fleuve mouvant et multiple.
Au cours de la conférence, le radeau bouge, dérive, mettant subtilement en question la pertinence d'une telle adresse au fleuve, quitte à donner le sentiment d'une situation quelque peu ironique où la parole savante censée nous éclairer sur les enjeux écologiques est en quelque sorte laissée aux tourbillons à la manière d'un bois flotté.
Par une telle situation de crue, il est également question des effets du réchauffement climatique sur le régime des eaux, sur l'intensification des inondations et sur la montée globale des eaux.
[EN]
“Conference on the Charente” is a video of a performance-lecture held on December 17, 2023. For about ten minutes, we see him on a raft during a historic flood of the Charente River in Cognac, France.
The philosopher sits on a chair, in front of a table, with a text, a carafe of water, and a glass, in the typical setting of a public address. But unlike a traditional lecture, there is no question of addressing a human audience in an institution of knowledge such as a university lecture hall or a museum. The lecture is given in situ, without an audience, and to the river itself.
The Charente is thus considered a “person,” or more precisely, a non-human collective subject to which one must address oneself without knowing how, starting with its name and the language used to speak to it; nor whether such a message will be heard by the ever-changing and multifaceted river.
During the conference, the raft moves and drifts, subtly questioning the relevance of such an address to the river, even creating a somewhat ironic situation where scholarly discourse, meant to enlighten us on ecological issues, is essentially left to the whirlpools like driftwood.
This flood-like situation also raises questions about the effects of climate change on water flow, the intensification of flooding, and the overall rise in sea levels.
Conférences situées - #2 Conférence au Cap Blanc Nez, 2024
Conférence donnée à Escalles (France) le 24 Juin 2024 dans le cadre des résidences "Pays vagues" du projet IEAC (Interaction Écologie Art Culture).
Texte et performance : Ludovic DUHEM
Cadrage, montage et mixage : Sébastien DUHEM
Création et mixage son : Sylvain DURANTET
Production : Groupe A - coopérative culturelle
« Conférence au Cap Blanc Nez » est la vidéo d'une conférence-performance réalisée le 24 Juin 2024. Durant une dizaine de minutes, on le voit devant le Cap Blanc Nez, à Escalles, dans le Nord de la France.
Sur la plage à marée basse, face à la falaise avec la mer dans le dos, le philosophe est assis sur une chaise, devant une table, avec un texte, une carafe d'eau et un verre, dans la situation caractéristique d'une prise de parole publique. Mais contrairement à une conférence classique, il n'est pas question de s'adresser à une audience humaine dans une institution du savoir comme dans un amphithéâtre d'université ou dans un musée. La conférence est donnée in situ, sans public, et à la falaise elle-même.
Le Cap Blanc Nez est ainsi considéré non pas comme un site géographique défini ni non plus comme un énorme mur de craie inerte. C'est un sujet collectif non-humain auquel il s'agit de s'adresser sans que l'on sache vraiment où il se trouve, quelles sont ses limites et de quoi il est composé. La parole est ainsi autant dirigée vers la craie blanche que vers les mouettes en train de nicher, vers les rochers couverts d'algues vertes que le sable ridé de la plage ou encore les vagues blanc-bleues de la mer.
Au cours de la conférence, le vent perturbe la voix du philosophe, le sable humide affaisse doucement la table, les cris incessants des mouettes ponctuent et strient les mots prononcés. On y voit aussi le trafic maritime intense des bateaux de marchandises et les ferrys des touristes allant vers l'Angleterre. On y voit les vestiges de la Deuxième Guerre mondiale. On n'y voit pas la fuite souvent mortelle des migrants. Tout semble s'y mêler, s'y intriquer, dans une grande orogenèse où les strates sont bouleversées par des trajectoires de vie.
[EN]
“Conference at Cap Blanc-Nez” is a video of a performance-lecture held on June 24, 2024. For about ten minutes, we see him in front of Cap Blanc-Nez, in Escalles, in northern France.
On the beach at low tide, facing the cliff with the sea at his back, the philosopher sits on a chair, in front of a table, with a text, a carafe of water, and a glass, in the typical setting of a public address. But unlike a traditional lecture, there is no question of addressing a human audience in an institution of knowledge such as a university lecture hall or a museum. The lecture is given in situ, without an audience, and on the cliff itself.
Cap Blanc-Nez is thus considered neither as a defined geographical site nor as an enormous, inert chalk wall. It is a collective, non-human subject that must be addressed without truly knowing its location, its boundaries, or its composition. The discourse is thus directed as much toward the white chalk as toward the nesting seagulls, toward the rocks covered in green algae as toward the rippled sand of the beach or the blue-white waves of the sea.
During the lecture, the wind disrupts the philosopher's voice, the damp sand gently sinks the table, and the incessant cries of the seagulls punctuate and streak the spoken words. We also see the intense maritime traffic of cargo ships and tourist ferries bound for England. We see the remnants of the Second World War. We do not see the often deadly flight of migrants. Everything seems to blend together, to intertwine, in a grand orogenesis where the strata are disrupted by life trajectories.